Technique : peinture acrylique sur châssis entoilé

Format : 80x100 cm

Date de création : 2018

Reka Kahlo (Hongrie) 

 

Elle court.
Elle court alors qu’elle ne sait pas où elle va, qu’elle ne sait plus si ses jambes suffiront, qu’elle attend simplement que le roulement incessant des battements de son cœur (ou ce qu’il en reste) s’enraye et la déleste du poids.

Elle rit.
Elle rit alors qu’elle s’entend même plus, qu’elle ne saurait pas dire la dernière fois qu’elle s’est sentie entière.

Elle pleure.
Elle pleure alors qu’ils lui avaient dit que tout irait bien, que ses larmes lui tailladent le visage. Yeux noirs voilés d’une mélancolie qui déborde et s’échappe sur ses joues.

Elle mange.
Elle mange alors qu’elle n’a jamais faim, alors qu’elle a toujours faim, alors qu’elle se perd dans ce vide quelque part dans son ventre (elle sait ! elle sait qu’elle ne le comblera pas comme ça mais elle cherche simplement à revivre).

Elle aime.
Elle aime alors qu’elle ne sait pas comment, qu’elle invente au fur et à mesure (une main sur sa cuisse, un baiser sur sa nuque, un regard brun qui reflète les étoiles)

Elle se souvient.
Elle se souvient alors qu’elle rêve d’oublier, d’enfouir son visage pour tenter d’étouffer les claquements et les frappements et les hurlements cassants – Elle se souvient d’eux, ces artistes travestis, venant recouvrir de leur pinceaux malfaisant la craie bleue de tout son ciel.

Mais elle vit.
Elle vit parce qu’elle vaut plus que tout ça, parce que mardi dernier, en sortant du train, elle a senti le soleil sur sa peau (il était chaud, mais juste à peine – une tentative de caresse, il lui demande s’il a le droit d’être là). Elle vit parce qu’elle a le droit, elle vit parce qu’elle n’a pas besoin de se sentir entière pour suffire, pour dire oui au soleil et se laisser emporter.

Texte de : Jade Broquaire 

Instagram :  @jadebrqr