Technique : peinture acrylique sur châssis entoilé

Format : 80x100 cm

Date de création : 2019

Tea Kahlo (Bosnie-Herzegovine)

« Maman ! Maman ! J'ai trouvé ce que j'ai trouvé dans le grenier ! »

La petite Rose brandit si fièrement sa trouvaille qu'elle trébucha et manqua de s'étaler par terre, tant

le grand portrait masquait son champs de vision. Sa mère rit et pris le tableau des mains de la petite,

plongeant son regard dans celui de la femme à la beauté aussi exceptionnelle que froide.

- C'est qui, maman ? S'enquit l'enfant.

La jeune femme fronça les sourcils, perplexe. Ce visage lui rappelait quelque chose, mais quoi ? Ou

plutôt, qui ? Ce port de reine, ces lèvres pulpeuses, ces longs cheveux d'ébène encadrant ce visage

de marbre, cette étrange boule d'oreille en forme de poignard... et ces yeux qui sondent votre âme,

l'explorent et la mette à nue instantanément... Elle retourna le tableau, à la recherche d'une

éventuelle piste. Son regard s’arrêtât sur une inscription presque entièrement effacée par le temps,

recouvert par la poussière. Elle frotta délicatement le bois et lu ces inscriptions : « Tea CATIC, née

KALHO ». La mère ferma les yeux. Ce nom réveilla en elle les souvenirs de son enfance, lorsque

son père parcourait avec elle les innombrables noms de leur arbre généalogique :

« Nous descendons de nombreuses grandes familles ! » disait-il avec fierté.

- Quelles famille ? Avait-elle demandé.

- La famille Bosnienne ! En particulier celle de la banche royale !

- Et... cette famille est-elle intéressante ?

L’adolescente s'assit sur la malle du grenier.

- Bien sûr ! Leurs légendes sont passionnantes... en particulier celle de ... Tea Kahlo-Catic !

- Tea Kahlo-Catic ? Murmura la jeune fille, pensante.

- Oui ! Fit son père d'un ton des plus enthousiaste. Son histoire à elle est des plus... inspirantes !

Mais attend un peu que je te raconte... Cette Tea Catic, née Kahlo, est ton ancêtre directe du coté de

ma grand-mère maternelle... Elle est née en 1150, du second mariage du neveux du souverain

hongrois.

- Hongrois ?

- Oui, à l'époque, la Bosnie-Herzégovine était occupée par les hongrois... En partie, du moins, car

le pays était partagé entre la Hongrie et l'empire de Byzance...

- Qu'est ce que tout cela a à voir avec Tea ?

- J'y arrive. Tu vois, à l'époque, l'actuel souverain était en train de perdre de l'influence... Non

seulement, le pays devenait de plus en plus byzantin, mais de plus, suite aux échecs successifs de

concevoir un héritier malgré ses quartes mariages successifs, le roi avait été déclaré stérile par les

médecins de la cour. Son règne se voyait ainsi menacé... Un roi sans héritiers ne peux assurer la

pérennité à ce dernier... De plus, la majeure partie de la famille royale venait d'être décimée par un

mal incurable. Et voilà que tout à coup, voilà que l'épouse de son neveux donne naissance à une

adorable petite fille !

- Tea ?

- Exactement. Le roi pris peur de cette héritière qui risquait de servir de prétexte à ses opposants

pour le détrôner. En effet, en cas de coup d'état, la pérennité du royaume serait assurée. Il chercha

donc par tous les moyens à se débarrasser de cette petite fille encombrante. Le jour même de sa

naissance, il paya un serviteur afin qu'il dérobe l'enfant et l'abandonne dans la forêt. Hélas pour lui,

le berceau se trouvait dans la chambre de son neveux, qui fut réveillé par le serviteur. En le voyant

approcher de sa fille, il se rua vers lui et le tua.

- Vraiment ?

- Oui, cela se passait comme cela à l’époque. Une vie pour sauver celle de sa fille. À la suite de cet

épisode, le père de Tea cru bon de fuir le climat délétère du palais, et se réfugia dans un domaine

familiale, loin de palais du roi.

Les saisons passèrent...

Les années firent de Tea une femme belle et intelligente, doté d'un caractère de reine. Elle

émerveillait tout le monde au château provinciale, par son allure noble, ses traits minces et gracieux,

son caractère calme et mesuré, peinant à dissimuler un esprit trop vif et intelligent. Sa grande beauté

froide charmait tous les hommes. Certains la disaient fille illégitime du roi, d'autres héritière du

royaume voisins. Mais nulle ne savaient sa véritable identité, ni celle de son père... Elle était plutôt

du genre solitaire, caractéristique qui s'était aggravé après la mort de son père. Sur son lit de mort, il

lui avait révélé l'origine de sa venue au monde, et la tentative d’assassinat de la part de son grand

oncle. Tea avait frémit à ces parole : une vie gâchée afin que la sienne puisse commencer. Même si

elle se savait innocente, elle portait à présent sur ses épaules le poids d'une vie humaine. Après le

décès de son père, elle reprit la gestion du domaine, mais demeurait suspicieuse. Pourquoi le destin

avait voulu l'épargner... Quel rôle était-elle sensé accomplir ? Souvent, elle marchait de long en

large dans sa chambre, cherchant vainement une explication aux pérégrinations de son esprit. De là

lui est venu son surnom de « beauté froide ». Pourtant, un événement va venir rompre sa monotonie,

l'année de ses seize ans !

Ce jour-là, Tea était assise près du vieux saule, à lire les écrits de ses illustres aïeuls.

Une voix douce la tira de ses pensées :

« Nos respects, gente dame. »

La jeune fille leva la tête et fut stupéfaite de se trouver face à deux éphèbes, tous deux grands,

aimables, et à la silhouette élancée.

Elle les interrogea. Le premier, un homme aux traits justes et droits, semblait posséder une grande

amabilité et une sensibilité admirable. Son sourire était éclatant et ses yeux donnaient l’impression à

Tea d'être une jeune femme unique. Le second, aux traits plus froids mais également plus virils et

plus séduisant, dégageait une aura unique, de par sa beauté ténébreuse et son regard tranchant et

pénétrant. Ses longs cheveux noirs encadraient ce visage aux traits fins. Sa silhouette finement

musclée et élancée lui donnait une allure de monarque. La jeune fille frémit. C'était la première fois,

depuis cette campagne qu'elle n'avait jamais quittée, qu'elle avait affaire à des hommes si jeunes et

si beau. Elle ne fut pas surprise d'apprendre que le premier, doux et romantique, était poète, tandis

que l'autre, au charme sauvage, était militaire. Tout deux excellaient dans leur profession : la

premier était maître-peintre et l'autre, général. Frères de lait, ils avaient grandit ensemble et ne

s'étaient jamais quittés, partageant tout deux une amitié à toute épreuve. Ils avaient eu vent de la

beauté et de l'intelligence de ce jeune gouverneur féminin, et avaient eu envie de juger par eux-

mêmes si ces rumeurs étaient fondées.

- Sur le plan de la beauté extérieur, du moins, les rumeurs sont fausses ! Elles la disent belle... alors

qu'elle est d'une beauté incomparable ! Chuchota le poète à son compagnon.

Ce dernier ne détourna pas le regard de la jeune fille, ses beaux yeux noirs ancrés aux siens. Il mit

du temps à assimiler les propos de son ami, trop occupé à sonder l'âme de cette femme aux traits

parfaits.

- Je te le dis, sur le plan de la beauté intérieur et de la vivacité d'esprit, les rumeurs sont bien en

dessous de la réalité cette fois encore.

- Bien dit, mon frère ! Le poète se tourna vers Tea : Je me nomme Milarem !

- Et moi, je suis Almir, murmura le soldat, sans détourner les yeux de ceux de la jeune fille.

Ils passèrent l'après-midi à parler, d'art, de politique et de guerre. Sur bien des points, les deux

hommes se trouvaient bon nombre d'affinité avec la jeune fille. Le soleil commençait tout juste à se

coucher lorsqu'ils réalisèrent qu'il avaient discuté durant plus de quatre heures d'affilées. Se relevant

de sous l'arbre où ils étaient assis, Tea remercia les jeunes gens pour ce bel après-midi,et pris

rapidement congé, troublée. Jamais elle n'avait ressentit d'émotions si fortes et si contradictoires !

Les deux hommes suscitaient chez elle tant de passions, mais chacun d'une manière bien différente.

Milarem semblait la comprendre à la perfection, et son sourire réchauffait son cœur et la faisait

frémir d'allégresse. Almir, quand à lui, lui insufflait une immense confiance en elle, e sa présence,

elle se sentait apaisée, comblée. Sa charisme et sa force de caractère la fascinait au-delà de tout ce

qu'elle avait connu. Elle ne put résister à l'envie de leur avouer qui elle était : l'héritière légitime du

trône ! Les deux jeunes gens en furent à peine étonnés. Ils avaient déjà entendu des rumeurs à ce

sujet, et l'aura de cette jeune fille prêtait foie aux racontars. Cette nuit-là, Tea ne dormit pas ;

ressassant sans cesse dans son esprit la moindre parcelle de leur discussion. Le lendemain, elle eu

bien du mal à se concentrer lors du conseil quotidien de gestion du domaine.

Cet après-midi là, elle fut ravie de trouver Milarem devant sa porte, qui lui proposa de devenir sa

muse. Il passa le reste de la journée à la peindre sous la forme d'une déesse, tout en lui composant

des ballades romantiques. Il alla même lui proposer de réaliser un portrait nu d'elle ! Rougissante,

elle acceptât, bien que l'idée d'être vue pour la première fois nue par un homme l’effaroucha.

Pudiquement, Milarem se proposa de sortir de temps qu'elle se débarrasse de ses vêtements. À peine

s'était-elle déshabillée qu'Almir rentra dans le séjour et posa les yeux sur elle. La détaillant de la tête

aux pieds, le sourire qu'il lui renvoya la fit fondre d'extase. Sans gêne, il ancra son regard doux et

viril au siens, un regard plein d'admirations mais aussi... de promesses. Tea sentit une immense

chaleur l'envahir. Milarem rentra lui aussi à ce moment-là, et vis le regard qu'échangeaient les deux

impudents. Pour la première fois, il se mit à détester son ami de toujours. Le poète d'un naturel doux

se montrât plus virulent avec son frère de lait qu'il ne l’avais jamais été, en le traitant de voyeur.

Almir ne répondit rien, et se contenta de soutenir le regard de son ami tandis que ce dernier

déversait son flot d'insultes. Il finit par quitter la pièce, non sans jeter un regard appuyé à Tea. Cette

dernière tressaillit en l’interceptant.

Tea passa les trois heures suivantes à poser pour Milarem, mais ses pensées étaient ailleurs ,

tournées vers Almir et son regard si pénétrant. Le reste de la soirée se déroula sans encombre, mis à

part la fin du repas. Tea dînait avec ses conseillés lorsqu’un messager entra précipitamment. Il

annonça à la jeune fille que des brigands avaient tué plusieurs de leurs bergers, et volé plusieurs

centaines de têtes de bétails. Une fois l'homme sortit, le conseillé de Tea se tourna vivement vers

elle, passablement énervé :

« Voilà bien un juste retour des choses. Combien de fois vous ais-je répété de renforcer la

surveillance de cette partie de la foret, et de demander aux bergers de faire un détour ! Pour m'être

moi-même rendu sur place, j'ai pu m'apercevoir à quel point il serait facile de tendre une

embuscade ! Mais vous, contrairement à ce qu'aurait fait votre père, avait ignoré mes propos,

estimant que vous aviez plus important sujet à traiter ! Que ceci vous serve de leçon ! »

Tea sortit de la salle du conseil, abasourdie et écrasée par les remords. Elle marcha au hasard un

moment, avant de tomber sur les deux frères.

« Que vous arrive-t-i, douce Tea ? » s'ensuit Milarem, inquiet.

Almir se contenta de lui adresser un regard d'encouragement silencieux.

« Des...bandits ont volé plusieurs centaines de têtes de bétails, mais ce n'est pas le plus grave... ils

ont tué leurs bergers, et ce, par ma faute ! »

Milarem la regarda avec bienveillance :

« Non, belle Tea, non, mon ange, les agissements des vauriens ne sont pas de votre fait ! »

« Mais les ronde de mes gardes si ! » murmura la jeune fille dans un sanglot étouffé.

« Douce Tea, là sont les affaires courantes de la vie ! » murmura Milarem, la prenant dans ses bras.

Ces mots ne réconfortèrent pas Tea.

« Silence, mon frère ! » lança soudain le soldat.

Tea et le poète se tournèrent vers lui, étonnés de son ton brutal.

Almir jeta un regard dur à Tea :

« Ce sont là les préoccupations des dirigeants : ils sont constamment amenés à prendre des

décisions, dont certaines s'avèrent fatalement désastreuses ! Ces expériences ne doivent pas les

pousser à se repentir, mais à en tirer des leçons ! Vous voulez venger les innocents tombés sous les

coups des hommes sans foi ni loi ? Ordonnez une expédition punitive ! Vous êtes attristée par la

mort injuste de vos gens ? Renforcez les rondes de la gardes dans les zones à risque ! »

Tea l'écoutait, captivée par les paroles du jeune mercenaire.

« En tant que gouverneure, laissez mi vous dire que ce n'est pas la dernière faute que vous

commettrez. Vous ne devez pas vous empêcher de diriger par peur de commettre des fautes, vous

devez les anticiper et agir en conséquences. »

Le regard d'Almir se durcit :

« Et laissez moi vous dire que si cette malheureuse expérience suffit à vous faire vaciller, alors vous

n'êtes pas faite pour commander aux hommes ! »

Le poète vit rouge :

« Toi, mon frère, comment oses-tu proférer de telles paroles envers notre souveraine ! »

« Ce sont les hommes qui font et défont les souverains, pas Dieu. Et mon sens, une femme qui ne

sait pas réagir face à un incident minime n'est pas souveraine devant les hommes ! »

Puis Almir lança un regard passionné à le jeune fille, avant de tourner les talons et de se diriger vers

son cheval. Il sauta en selle et lança sa monture au galop. Milarem et Tea l'observèrent d'éloigner,

médusés. Tea se sentait confuse. Les propos d'Almir l'avaient secouée, mais d'un autre coté, elle qui

l'instant d'avant se sentait abattue trouvait l'instant d'après le courage de se relever. Elle fit appeler

ses gardes et ordonna une expédition punitive, comme Almir le lui avait suggéré. Elle passa le reste

de la journée en compagnie de Milarem, ce qui acheva de la réconforter.

Le soir venant, la nuit fit revenir Almir. Tea se précipitât à sa rencontre, folle de joie : il ne revenait

pas seul, en sa compagnie, les soldats de Tea ainsi que les brigands, pieds et poings liés.

Le chef de la garde s'adressa à Tea :

« Messire Almir est incroyable ! Il est partit seul à la poursuite des bandits, et lorsque nous l'avons

rejoint, il les avait quasiment déjà tous arrêtés ! Nous n'avons eu qu'à lui donner un coup de main ! »

Almir posa sa main sur l'épaule du soldat :

« Allons, ami, je commençais tout juste à être dépassé, vous m'avez été d'une grande aide ! Sans

vous, j'ignore combien de temps j'aurais pu tenir... »

« Ne parlons plus du passé, messieurs ! » se réjouit Tea.

Puis, prenant Almir par le bras, elle conduisit les soldats vers la salle des fêtes, où un banquet avait

été préalablement dressé, pour le retours des braves. Les membres de la milice ne cessèrent de

combler Almir de louanges, en racontant combien il avait été vaillant au combats. Tea se contentait

de dévorer le jeune homme des yeux, sous le regard jaloux du jeune poète Milarem. L'artiste sentait

bien que Tea ressentait plus que l'admiration pour ce beau guerrier. Il serra le poings. Alors que son

ami avait traversé la forêt de long en large à la recherche de ces gredins, lui avait employé toute sa

compassion à soulager Dame Tea des tourments qui habitaient son âme, cela ne comptait-il pas ?

Tea, quand à elle, avait compris deux choses de cette journée : elle aimait les deux frères tout à la

fois ; et si Milarem lui apportait le réconfort et la paix intérieur, Almir lui procurait une haute estime

d'elle même et un soutien inconditionnel. Elle en est était persuadée, elle appartiendra forcément à

l'un de ces deux hommes. Seulement, elle ignorait lequel. Ils étaient tout deux si différents, et

pourtant si complémentaires à son bonheur ! Elle ne savais pas trop que penser.

La vie continua paisiblement son cours, les deux frères toujours à ses côtés, jusqu'à l'an de grâce

1166. Tea devait fêter ses seize ans cette année-là. C'est à cette époque que tout le pays devint

byzantin. Une grande révolte éclatât alors. Tous les jeunes hommes du royaumes furent

réquisitionnés, Almir et Milarem compris.

Tea sentait son cœur se déchirer à l'intérieur de sa poitrine. Elle n'avait toujours pas décidé à qui

irait son dévouement. La veille du départ, conscient du dilemme de la jeune fille, Almir fit

promettre à son ami le poète de ne pas chercher à la voir avant leur retour à tout les deux, Tea ferait

son choix à ce moment-là. Milarem acceptât, et le jour de leur départ approcha.

Avant de quitter Tea, Almir lui murmura à l'oreille :

« Je vous reviendrais, mon cœur tout comme mon épée n’appartiennent qu'à vous, ma Dame, et ne

sauraient survivre loin de vous ! »

Milarem lui adressa quelques vers ainsi que :

« Belle Tea, mon âme ne saurait supporter longtemps la douleur lancinante que notre séparation

cause à mon cœur. Lorsque nous nous reverrons, je demanderais votre main ! »

Tea les regarda s'éloigner, pensive.

Une année s'écoula, suivit d'une deuxième. La guerre poursuivait son cours. Mais la troisième

année, peu de temps après le dix-neuvième anniversaire de la jeune fille, Milarem gravit le mur du

château et s'introduisit dans la chambre de Tea. Il rompit la promesse faite à son ami ; qu'il n'avait

jamais eu l'intention de tenir. En agissant ainsi, il s'assurait de revoir la dame de leurs pensées en

premier. Almir regarda Tea dormir, éblouit par sa beauté et assaillit par la joie qu'il ressentait en

revoyant l'élue de son cœur. Il se pencha vers elle et la réveilla doucement, puis l'embrassa. Tea se

réveilla, vit Almir l'embrasser, et la couvrir de caresse, tout en se plaçant au-dessus d'elle. À cet

instant, elle ne pensa pas à le chasser, même quand il commença à lui retirer sa chemise de nuit en

soie. Elle lui rendit ses baisers, brûlante de passion, et le laissa lui prendre sa chasteté. Lorsque

Almir repartit au matin, il lui dit que la guerre ne durerait plus longtemps et qu'à son retour, il

comptait bien l'épouser. Tea le regarda s'éloigner, et pria qu'il revienne au plus tôt.

Six mois plus tard, les deux frères étaient de retours.

Alors que Milarem cherchait la femme qu'il aimait du regard, son cœur manqua un battement

lorsqu'il se rendit compte que la jeune fille cachait son ventre avec soin. Il interrogea Almir du

regard, et s’aperçut que ce dernier échangeait avec Tea des regards plein de promesse. Oubliant

toute pudeur, Tea s'était jetée dans ses bras et lui chuchotait quelque chose. Almir sembla ému au

point de verser une larme, et caressa le ventre de la jeune fille. À ce moment, Milarem compris. Il

compris que son ami l'avait abusé, tout comme il avait abusé de la naïveté de Tea, lui prenant sa

virginité et lui laissant un enfant. Fou de douleur et de jalousie, il remonta sur son cheval et s'enfuit

au galop.

Quelques semaines plus tard, Tea Kahlo et Almir Catic célèbrent leur mariage. Au ventre déjà bien

arrondit de la jeune femme, Almir reconnu son enfant et demanda pardon d'avoir était trop

impatient. Cela étant dit, Tea ayant été parfaitement consentante, leurs sujets lui pardonnèrent bien

volontiers. Tea accoucha trois mois plus tard d'une adorable petite fille, qu'Almir prénomma Anja,

qui signifie « victoire » ou « triomphe » en langue ancienne.

En grandissant, Anja devient une beauté éblouissante, dont tous chantaient les louanges. Almir était

très fier de sa fille, ainsi que des cinq autres filles qu'il avait conçu avec Tea. La vie semblait belle et

douce à l'heureuse famille. Pourtant, Tea regrettait de n’avoir jamais pu s'excuser auprès du doux

poète. Depuis leur retour de la guerre, plus jamais elle ni son époux n’avait revu Milarem.

Cependant, la joie de voir sa famille grandir la faisait oublié ses ressentiment.

Pourtant, l'année des seize ans de leur fille aînée Anja, tout allait changer.

Un jour qu'Almir rentrait de la chasse avec ses hommes, la jolie Anja lui annonça qu'elle avait une

nouvelle importante à lui faire part.

- Parle ma fille, chair de ma chair, cœur de mon âme !

- Père, je suis une femme à présent. Je veux épouser un homme qui puisse me combler et satisfaire

les besoins de mon cœur.

Almir réfléchit. Il aimait sa fille et la voir grandir lui déchirait le cœur mais il savait qu'il ne pouvait

la garder pour lui éternellement. À contrecœur, il permit à sa fille d'épouser l'homme de son choix,

et alla transmettre à Tea la volonté de leur fille. Ce qu'il ignorait, c’est que Anja avait déjà décidé de

qui elle allait partager la vie.

Un soir, La jeune fille organisa un rendez-vous entre ses parents et leur futur gendre. L'homme

tarda. Almir et Tea se regardèrent, partagés entre la joie de voir leur fille si épanouie et la douleur de

bientôt la voir s'éloigner de leur vie.

Soudain, le fiancé entra dans la salle. Almir sourit et vint à sa rencontre. Mais sa bonne humeur

s’effaça vite lorsque lui et Tea reconnurent l'homme qui allait devenir leur gendre : il s'agissait de

Milarem ! Effarés, il s'échangèrent des regards d'incompréhension, mais ne dirent rien de peur de

blesser Anja. La scène était invraisemblable : Almir et Tea terrassés par le doute, Milarem leur

adressant un regard triomphale, dans le dos de sa douce fiancée éperdue de bonheur !

Au milieu du repas, Milarem lança sans ambages :

- Vous devriez avancer la date du mariage.

Almir le regarda durement :

- Et pourquoi cela ?

Milarem lui rendit son regard cinglant :

- Sinon les gens s'apercevront de l'état d'Anja !

Cette remarque fit pâlir Almir et Tea, qui se tournèrent vivement vers Anja. Rouge de honte, la

jeune fille se contenta de hocher timidement de la tête. Almir n'en revenait pas ! Son frère avait

mise enceinte sa fille adorée !

- Je pensais que vous me pardonneriez notre empressement, on m'a dit que vous en aviez fait de

même avec votre épouse à l'époque !

Cette fois, s'en était trop. Almir dégaina son épée et se rua vers l’impudent. Mais Anja se jeta à ses

pied, le suppliant d'arrêter son bras. Tea posa une main compatissante sur l'épaule de son époux.

Almir compris : Milarem avait gagné la deuxième manche ! Ce qu'il ignorait, c’est que son frère

n'avait pas encore achevé sa vengeance.

Le mariage se célébra quelques semaines plus tard, au plus grand dan de Tea et d'Almir. Tout alla

bien pour le jeune couple, jusqu'à la naissance de l'enfant de Milarem et d'Anja. Ce fut un garçon,

que Milarem appela Emiljan, ce qui signifie « revanche » ou « vengeance » en langue ancienne.

Dès lors, tout alla de mal en pis pour le jeune couple. Milarem, qui n'avait jamais aimé la belle

Anja, se plaisait à présent à l'humilier et à la rabaisser constamment. Il l'insultait quotidiennement

devant leurs serviteurs, la traitant plus bas que terre. Il s'était lassé de jour la comédie, tout comme il

s'était lassé de se délecter des regards impuissants de Tea et Almir qu'il haïssait plus que tout. Il mis

en place le dernier acte de sa vengeance macabre : le suicide d'Anja. La poussant à bout, il fit en

sorte que ses beaux parents découvrent le corps pendu de leur fille adorée.

Son erreur fut de vouloir assister à la scène.

Ce jour là, la colère de Tea et d'Almir ne connurent plus de limite. Se saisissant de l'épée familiale

de son épouse, Almir plaqua son ami au sol et sa lame sous sa gorge. Il voulu accomplir ce qu'il

aurait dût faire le jour maudit de leurs retrouvailles, mais malgré toute la haine qu'il ressentait

envers son frère, les souvenirs de leur enfance lui revirent à l'esprit, et il suspendit son geste. Alors

Tea, avec toute la douleur d'une mère qui a vu mourir son enfant, pris l'épée des mains de son maris

et égorgea Milarem.

Le jour-même, on appris que le vieux roi était mort, et qu'on cherchait un héritier mâle pour le

remplacer, de préférence descendant de la famille royale. Tea et Almir échangèrent un regard

entendu en apprenant la nouvelle : le trône revenait à leur petit-fils Emiljan, l’enfant d'Anja et de

Milarem ! Le couple monta sur la capital avec l’enfant, faisant valoir leurs droit. Les serviteurs

reconnurent les documents reconnaissant en Tea l’héritière au trône. Le peuple la reconnurent lui et

son époux régents, jusqu'à la dix-huitième année de leur petit-fils, année où le trône lui reviendrait.

Il en fut ainsi ; Tea et Milarem régnèrent de longues années, au termes desquels Emiljan fut

couronné le nouveau roi de la Bosnie-Herzégovine. Lui aussi pris femme, eu de nombreux

descendant... Nous nous faisons partie toi et moi, ma fille ! »

La mère sourit en repensant à cette vielle légende ; on raconte que dès lors, Tea et ses descendantes

portèrent à tour de rôle la boucle d'oreille représentant l'épée que Tea avait utilisée pour venger sa

fille et tuer Milarem. La jeune femme fouilla les recoins du tableau de Tea, en ressortit la boucle.

Elle 'accrocha à son oreille, perpétuant ainsi la tradition. Intriguée par le long silence de sa mère, la

petite fille l'interrogea du regard, mais sa mère sourit : elle allait attendre longtemps avant de

raconter cette histoire à sa fille...”



Version courte :

Une jeune femme retrouve le vieux tableau présentant une jeune femme à la grande beauté froide

arborant une boucle d'oreille en forme de poignard. Elle se souvient de cette vielle légende que son

père lui a raconté, étant enfant. Tea Kahlo est la fille du neveu du roi, dont celui-ci cherche à se

débarrasser, de peur qu'un jour ses opposants ne se servent d'elle pour le détrôner. Il envoi donc des

assassins tuer l'enfant, mais son père la sauve et s'enfuit avec elle, s'installant dans un vieux

domaine familiale dont il devient le gouverneur. L'enfant grandit, et elle devint si belle qu’un jour

deux frères décident de faire sa rencontre : Milarem, le doux poète, ainsi que la soldat Almir. Lors

de l'attaque de bandits dans son domaine, Tea comprend qu'elle aime les deux jeunes gens d'un

amour bien différent : elle éprouve pour Milarem un sentiment de plénitude et de tendresse, tandis

qu'Almir lui apporte la sécurité et la confiance en elle. Lorsque la guerre éclate et que les deux

frères sont envoyés sur le front, Almir et Milarem se font la promesse de ne pas chercher à revoir

Tea avant leur retour de la guerre. Cependant, Almir rompt cette promesse, retrouvant Tea le

premier et lui prenant sa virginité. Lorsque les deux amis reviennent à la fin de la guerre, Milarem

découvre que son frère a mis Tea enceinte, et s'enfuit, le cœur plein de rancœur.

Tea épouse Almir, donnant ainsi naissance à la belle Anja ainsi qu'à cinq autres filles. La vie suit

son cours paisiblement, jusqu'à ce que Anja présente son fiancé à ses parents. Tea et Almir

s'aperçoivent avec horreur qu'il n'est autre que Milarem, qui a ainsi trouvé le moyen de se venger de

la femme qu'il a autrefois aimé et de son frère. De peur de blesser Anja, les époux taisent leur

secret. Cependant, la vengeance de Milarem est loin d'être achevée. Après la naissance de leur fils

Emiljan, il pousse sa jeune épouse au suicide, achevant ainsi de détruire Tea et Almir. Mais si ce

dernier ne parvient pas à tuer son ancien ami, c'est Tea qui se saisit de l'épée familiale et égorge son

ancien prétendant. Elle choisit d'orner son oreille d'une boucle représentant son épée, afin de ne

jamais oublier sa vengeance. Apprenant la mort du vieux roi, Tea et son époux remontent sur la

capitale, où ils présentent leur petit-fils Emiljan comme héritier du trône. Almir et Tea règnent en

tant que régent durant dix-huit années, au termes duquel le fils d'Anja et de Milarem monte sur le

trône. Retour au présent, la descendante de Tea et d'Almir accroche la boucle d'oreille en forme

d’épée à son oreille, perpétuant ainsi la tradition familiale.


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